Découvrir un nouvel artiste, et donc un nouvel art, est toujours une expérience savoureuse. Un voyage nouveau, avec son moyen de transport unique, ses codes et son système d’expression propre. Un périple immobile de plus à ajouter à la liste infinie d’odyssées qu’offrent la musique et l’art en général. Ce lundi 18 novembre était donc l’occasion de quatre perambulations, grâce notamment à une autre innovation du festival : trois concerts au sein du conseil régional de Nouvelle Aquitaine, pour découvrir de nouveaux talents des environs.

En début d’après-midi, le quartet de Gaspard Guerre ouvre le bal et présente les compositions du batteur. Une musique de progression, de thèmes enchevêtrés et répétés, dont le souffle croît progressivement. Les quatre musiciens jouent ensemble depuis peu, et en sont encore aux prémices des explorations que semblent avoir à offrir les compositions riches et inspirés de leur leader habité et toujours à la recherche d’un instant à partager. Un petit bonheur à lui seul.

Il est ensuite une fois de plus question de progression, qui est une identité centrale pour le trio Atrisma. A les entendre, on se croirait replongés à l’époque où Portico Quartet ne s’appelait encore que Portico, handpan en moins, mais surtout énergie dévastatrice en plus. “Focus”, extrait de leur premier album Aurosmose, est un petit bijou sur lequel les trois compères ont tout l’espace nécessaire pour s’exprimer avec une délicatesse enragée et clore divinement un set mirobolant.

Seule instrumentiste leadeuse de cette édition avec Leïla Martial (on peut ici parler d’instrument, oui), Laure Sanchez est venue avec une formation habituelle mais pas forcément conventionnelle. Un trio contrebasse, clavier, batterie dans lequel la contrebassiste chante également et n’hésite pas à troquer son instrument pour une basse électrique, ce qui lui permet d’ailleurs de se fendre d’un toujours aussi ravissant Forget Regret du RH Factor. Un set mélangeant compositions et reprises pour servir une musique et un univers mâtinés.

Après avoir ingurgité plus de trois heures de musique, pour la plupart inédite, la faim de notes est encore bien présente. Gaël Rouilhac va donc se charger de nous amener à satiété avec l’aide de deux musiciens exaltants, la violoniste Caroline Bugala et l’accordéoniste Roberto Gervasi. Ensemble, ils déroulent le répertoire d’un album qui sera enregistré juste après la fin du festival, et qui, au vu de la performance du soir, promet d’être enivrant. 

Même si le jazz manouche est au centre des influences de Gaël Rouilhac, dire que le projet Waterworks s’en réclame uniquement pourrait être quelque peu réducteur. Les compositions du guitariste, très clairement taillées pour ce trio, dépassent le cadre du genre pourtant loin d’être étroit. Et lorsqu’elles sont servies par une Caroline Bugala enchanteresse, un Roberto Gervasi exquis, et un Gaël Rouilhac ensorcelant, partir une fois de plus à la découverte d’un univers en devenir relève de la jubilation exutoire. La délectation dans les yeux des ondins du soir ne trompe pas. Leur musique non plus. 

Découvrir l’autre est une chance, une nouvelle richesse à ajouter à notre univers. C’est une porte que l’on ouvre sur un monde que l’on ne connaîtra jamais complètement. Arpentons-le, et tâchons d’en apprendre autant que nous le pouvons. C’est tellement bon !

Alexandre FOURNET
photos : Didier Radiguet