Quatorze trublions atypiques prennent place sur la scène du Centre Culturel Jean Gagnant derrière un ensemble d’instruments pour le moins incongru. Violons, batterie et violoncelles côtoient flûtes à bec et jouets pour enfants dans cette fanfare nippone ingénue. Quatorze personnages que l’on croirait tout droit sortis d’un film de Kore-eda, quatorze âmes rayonnantes de simplicité et de fragilité, à l’humanité tendre et touchante. “Venez comme vous êtes, nous sommes venus comme nous sommes”, semblent-ils nous indiquer par leurs choix vestimentaires décomplexés et leurs sourires contenus. En balayant la scène d’un regard, on ressent déjà une curieuse sensation de bien être que l’on ne sait pas vraiment expliquer, comme si leur simple présence avait créé une atmosphère propice au lâcher prise, à l’abandon d’un quelconque sérieux, qui serait d’ailleurs presque malvenu.

Lorsque l’on ne connaît pas Les Pascals, il est difficile d’imaginer ce qui nous attend. Où vont-ils nous mener, que vont-ils nous proposer, dans quel style, nous sommes au premier abord intrigués. Il suffit donc d’attendre et de se laisser porter par cette galerie d’individus bigarrés qui revisitent principalement la musique d’un compositeur et pianiste français finalement peu connu, Pascal Comelade. Se contenter de dire qu’ils proposent une réinterprétation de sa musique à travers le prisme d’une musique de tradition japonaise nous éloignerait un peu de la vérité. La musique de cette fanfare se nourrit bien sûr de ses membres, et donc de leur culture. Mais cette dernière a beaucoup évolué grâce ou à cause, selon le point de vue, de l’influence de la culture occidentale sur le Japon d’après guerre. Les influences du collectif sont donc complexes, tout comme la musique qu’ils jouent.

L’ambiance est très légère, et ce notamment grâce au concours de Koji Ishikawa, percussionniste déjanté enchaînant les pitreries à l’aide d’une multitude d’objets que l’on croirait sortis d’une kermesse. Le joueur de banjo joue même les cow boys le temps d’un morceau, tandis qu’à la fin du concert, le violoncelliste sort une disqueuse d’on ne sait trop où pour attaquer le pied de son instrument. C’est un véritable spectacle auquel on assiste, et non plus un concert traditionnel, une jolie fête dont les protagonistes sont complètement débridés et débridants. Il est tentant de voir en ce panorama joyeux une fresque avant tout enfantine, mais, encore une fois, on manquerait un aspect primordial de cette musique : sa complexité et sa richesse. Même si les musiciens présents jouent sans prétention aucune, conscients de l’humanité qui fait tout leur charme, cela n’entame en rien l’harmonie qui domine cette très plaisante bacchanale musicale. Et sans cette dernière, et une évidente connaissance de leur art, ils ne pourraient très probablement pas se permettre de folâtrer à leur guise.

“Amusez vous bien”, c’est le message que martèle Rocket Matsu, le fondateur du groupe, lorsqu’il tente timidement d’adresser quelques mots en français au public ébaudi. Ces apôtres du naturel nous l’ont bien fait comprendre en ce dimanche après midi, il est absolument possible, et peut-être même nécessaire, de jouer une musique d’une qualité indéniable sans se prendre plus que de raison au sérieux.

Alexandre FOURNET
photo : Didier Radiguet