Fine pluie, froid mordant, le trajet jusqu’au cloître des franciscains est toujours une petite épreuve qu’il faut savoir accueillir avec bienveillance. Après la pluie, vient le beau temps. Le soleil de ce matin s’appelle Mangane, et il va émailler l’IF d’une musique au langage universel. Mangane chante en anglais, en peul, en wolof, en français, mais nous offre tout au long du concert un marche pied pour dépasser cette barrière. Il nous invite à découvrir la richesse de son monde, son métissage, un pan minuscule d’une culture majuscule, et qui nous ouvre pourtant une myriade d’horizons chantants. Même lorsqu’il aborde des sujets durs, des sujets d’une violence inouïe, comme la traversée de la Méditerranée pour essayer de rencontrer un monde meilleur en France – et nous savons bien que notre cher pays n’est pas ou plus la terre d’accueil dont nous souhaiterions rêver- Mangane garde un sourire éclatant, nous invite à le rejoindre, à chanter, taper des mains, à imiter le bruit de la mer qui tape sur l’embarcation de fortune d’un groupe de courageux. Transmettre un message, simple, universel, le partager simplement, humblement et avec une délicatesse merveilleuse. Dans cet étroit couloir, Mangane a su nous offrir un grand moment sensible. 

Beaucoup plus tard, après avoir vécu un siècle de musique avec Uriel Herman, il fallait une fois encore accepter l’animosité climatique pour se rendre jusqu’à l’Ambassade et y retrouver Nina Papa. Et une fois de plus, le réconfort a revêtu une parure équatoriale. Si l’on ne connaît pas la chanteuse brésilienne, on pouvait déjà se fier aux musiciens avec qui elle a l’habitude de jouer, musiciens parmis lesquels un certain Baptiste Herbin, saxophoniste volubile éminent de la scène française. Ce soir, Baptiste Herbin n’est pas là. Ce serait faire une grave erreur que de croire un seul instant que la prestation du quartet pourrait s’en ressentir. Entre Marc Peillon, Béatrice Alunni et Cédric Le Donne, Nina Papa est entourée d’instrumentistes accomplis et, on le devine dans leur regard, fiers de pouvoir partager la scène avec Phébus. La girandole du soir propose un savant mélange d’interprétations illuminées de très grandes compositions de la chanson française, de grands standards du patrimoine brésilien, et de compositions iridescentes. Que la lumière soit.

Alexandre FOURNET
photos : Didier Radiguet