Le mot d’Alexandre FOURNET pour 2019

Bien qu’ayant vécu dans le Limousin de nombreuses années, je n’ai véritablement découvert le festival Eclats d’Email Jazz Edition que l’an dernier, puisque j’ai eu le bonheur de le chroniquer de bout en bout. Comme j’avais sous les yeux la programmation, j’avais certaines attentes et certaines envies qui furent largement dépassées l’an dernier, entre découvertes enchantées et confirmations magistrales.

Et je brûlais donc d’arpenter le menu de cette année avec gourmandise. Et quel menu ! En le survolant rapidement une première fois, je frissonne immédiatement à la lecture de plusieurs noms. L’un des meilleurs instrumentistes de sa génération au piano d’abord, Brad Mehldau, qui nous embarquera avec lui pour une prestation en solo qui devrait marquer l’Opéra de Limoges. Un autre pianiste ensuite, Uriel Herman, passé de découverte l’an dernier à artiste à ne manquer sous aucun prétexte pour cette édition, d’autant plus que son quartet sera accompagné de deux  invités surprise. Enfin, mes yeux se sont arrêtés sur une des dernières légendes du jazz encore en activité, Wallace Roney. Un homme qui a fait partie d’un des plus grands groupes de Jazz de l’histoire, les Jazz Messengers d’Art Blakey, et qui a appris la trompette avec Dizzy Gillespie et Miles Davis… Un géant, tout simplement.

En trois noms, j’étais déjà conquis. Et pourtant, ces trois concerts ne représentent que la partie émergée d’un iceberg musical qui aura bien besoin de ces dix jours de fête pour fondre complètement. Sly Johnson, qui ouvrira le festival, et Leïla Martial devraient proposer des voyages surprenants à l’aide de leurs voix qu’ils savent utiliser de mille et une façons et lier harmonieusement à des sections rythmiques toujours riches. Mais ils seront loin d’être les seules voix du festival, puisque le timbre puissant du bluesman Otis Taylor retentira au CCM John Lennon alors que Shirley Davis et ses Silverbacks enflammeront le Théâtre de l’Union à grand coup de soul ardente. Les organes des Como Mamas seront les derniers à se faire entendre pour ce qui sera probablement une très belle communion gospel lors du concert de clôture.

La veille de ce dernier concert sera placée sous le signe de l’oud avec deux musiciens au style pourtant très différent, Dhafer Youssef et Mohamed Abozekry. On ne présente plus le premier, doté d’une voix unique, transcendentale, capable de transporter n’importe quel auditeur dans des sphères célestes. Le second est un jeune prodige du luth arabe né en Égypte et qui sera accompagné pour l’occasion de son frère, Abdallah, au saz, pour un concert gratuit à l’auditorium, G.E Clancier, de la BFM de Limoges. La ville sera aussi à l’honneur puisque Gael Rouilhac, habitué du festival et produit de la région, sera présent avec un nouveau trio guitare violon accordéon. De plus, Lorenzo Naccarato, invité de dernière minute pour le concert de Silvia Ribeiro Ferreira l’an dernier, jouera avec son trio, qui a déjà fait le bonheur du label Laborie Jazz avec des albums simplement excellents.

Un programme riche, dense, divers, complété une fois de plus par des concerts tôt le matin et tard le soir. Tôt le matin au cloître des Franciscains, tard le soir avec cinq concerts à l’Ambassade, et entre autres le retour de la lumineuse Lisa Doby qui avait plus que séduit le public du club limougeaud l’an dernier.

Je sais déjà que mes oreilles, que vos oreilles, que nos oreilles vont avoir le bonheur de recevoir pléthore de notes qui nous feront vibrer tout au long du festival. Ce que je ne sais pas encore, en revanche, c’est jusqu’où elles pourront nous emporter. Écoutons, prêtons l’oreille, laissons nous aller. Quel mal pourrait bien nous arriver ?

Alexandre Fournet

Les Chroniques 2018